Accueil > Actualités > Responsabilité civile expert-comptable : ce que révèle l’évolution récente de la jurisprudence

Pour pouvoir exercer les experts-comptables doivent obligatoirement être assurés en responsabilité civile professionnelle

Mais, dans la pratique, être assuré ne suffit plus. Les missions se diversifient, les enjeux financiers augmentent et les relations avec les clients, comme avec les tiers, se judiciarisent. Résultat : le risque n’est plus seulement théorique, il devient concret et parfois lourd de conséquences.

Dans ce contexte, le véritable sujet n’est pas d’avoir une assurance responsabilité civile expert-comptable, mais d’avoir la bonne assurance. Montants de garantie, franchises, clauses de limitation de responsabilité, périmètre des missions couvertes, exposition aux recours de tiers : ces éléments, souvent relégués au second plan, deviennent décisifs le jour où la responsabilité du cabinet est mise en cause. Une couverture mal calibrée peut alors laisser l’expert-comptable seul face à un contentieux long, coûteux et déstabilisant.

Les décisions récentes de la Cour de cassation le rappellent clairement : la responsabilité civile de l’expert-comptable se juge au cas par cas, à partir de la mission confiée, des clauses contractuelles et de la capacité à démontrer — ou à contester — le lien de causalité. Elles mettent en lumière, en filigrane, l’importance d’un accompagnement spécialisé, notamment par un courtier comme Verspieren, pour anticiper ces risques et construire un programme d’assurance réellement adapté à la réalité du cabinet.

Responsabilité civile de l’expert-comptable : un cadre juridique stabilisé, mais strictement contrôlé

La Cour de cassation rappelle régulièrement que la responsabilité civile de l’expert-comptable repose sur trois éléments cumulatifs :

· une faute professionnelle,

· un dommage certain,

· un lien de causalité direct entre la faute et le dommage. Dans un arrêt du 22 septembre 2021, la chambre commerciale souligne que ces conditions doivent être caractérisées distinctement. Elle exerce un contrôle attentif sur la motivation des juges du fond, notamment sur la qualification de la faute et l’évaluation du préjudice. En pratique, les décisions insuffisamment motivées sont exposées à la censure. Ce rappel jurisprudentiel renforce l’importance, pour les clients comme pour les assureurs, d’une analyse précise des manquements reprochés à l’expert-comptable.

Clauses de prescription et de forclusion : une efficacité confirmée, sous conditions

La Loi fixe le délai de prescription a 5 ans avec possibilité de le réduire a un an dans la lettre de mission

Mais une autre clause de limitation de responsabilité est certainement plus efficace : la clause de forclusion qui impose au plaignant d'agir en justice dans un certain délai

L’arrêt du 11 octobre 2023 marque une étape importante en matière de clauses de forclusion insérées dans les lettres de mission. La Cour de cassation valide une clause imposant au client d’agir dans un délai de trois mois à compter de la connaissance du sinistre.

L’apport essentiel de la décision tient à la définition du point de départ du délai. Il ne s’agit pas du moment où le préjudice est définitivement chiffré, mais de celui où le client a conscience que la faute de l’expert-comptable est susceptible de lui causer un dommage. Par exemple, le renvoi d’un litige devant une juridiction prud’homale peut suffire à caractériser cette connaissance.

Cette position renforce la sécurité juridique des professionnels, tout en imposant une vigilance accrue sur la rédaction des clauses et l’information du client.

Attention cette clause de forclusion ne doit pas être passée sous silence à l'égard du client. Elle doit être expliquée et explicitée lors de la conclusion de la lettre de mission.

Responsabilité civile envers les tiers : une ouverture encadrée La décision du 10 juillet 2024 illustre l’extension, mais aussi les limites, de la responsabilité civile de l’expert-comptable à l’égard des tiers. En l’espèce, des franchiseurs, tiers à la lettre de mission, reprochaient à l’expert-comptable l’absence de provisionnement d’un contentieux significatif.

La Cour admet que les tiers puissent invoquer une faute contractuelle, sur le terrain de la responsabilité délictuelle. En revanche, elle exige une démonstration rigoureuse d’un lien de causalité direct et certain entre la faute et le dommage subi par ces tiers. À défaut, l’action est vouée à l’échec.

Cette jurisprudence confirme que l’ouverture de l’action aux tiers ne signifie pas un affaiblissement des exigences probatoires.

La preuve du lien de causalité : le point de blocage récurrent

Qu’il s’agisse du client ou d’un tiers, la difficulté majeure demeure la preuve du lien de causalité. Les juges refusent toute présomption automatique. Le demandeur doit établir que, sans la faute de l’expert-comptable, le dommage ne se serait pas produit ou aurait été évité.

Dans les dossiers de contentieux sociaux, fiscaux ou commerciaux, cette démonstration s’avère souvent complexe, notamment lorsque plusieurs facteurs ont contribué au préjudice.

Enseignements pratiques pour les cabinets

L’évolution de la jurisprudence en matière de responsabilité civile expert-comptable appelle plusieurs précautions concrètes :

· soigner la rédaction des lettres de mission, en particulier les clauses de forclusion et de limitation,

· tracer les alertes, réserves et recommandations adressées au client,

· documenter les analyses de risques et les arbitrages comptables sensibles,

· anticiper les situations dans lesquelles des tiers pourraient invoquer un préjudice.

Ces décisions renforcent l’intérêt d’une couverture d’assurance responsabilité civile professionnelle adaptée, capable d’absorber des contentieux techniquement complexes et juridiquement exigeants.

La responsabilité civile de l’expert-comptable est le mécanisme qui répare financièrement les conséquences d’une faute professionnelle (erreur, omission, négligence) lorsqu’elle cause un préjudice à un client, et, dans certains cas, à un tiers. C’est le filet de sécurité qui évite qu’un sinistre (redressement, contentieux social, erreur de provisionnement, défaut d’alerte, etc.) ne se transforme en crise de trésorerie ou en menace pour la continuité du cabinet.

Les décisions récentes de la Cour de cassation rappellent deux réalités : on peut perdre un dossier sur la procédure (ex. clauses de forclusion, point de départ), même si le débat technique est sérieux, et on peut perdre sur la preuve, faute de lien de causalité direct et certain, y compris lorsqu’un tiers agit contre le cabinet.

D’où l’intérêt d’une assurance obligatoire mais surtout bien calibrée : montants de garanties, franchises, périmètre d’activités et extensions utiles. Par exemple, dans le cadre du contrat groupe, le choix du niveau de garantie RCP se décline ainsi en options de 1 000 000 € à 2 500 000 € par sinistre et par assuré.